Quatrième de couverture: Frédéric Grolleau 
"8 octobre 1908: Adolf Hitler recalé.
Que se serait-il passé si l'École des beaux-arts de Vienne en avait décidé autrement? Que serait-il arrivé si, cette minute-là, le jury avait accepté et non refusé Adolf Hitler, flatté puis épanoui ses ambitions d'artiste? Cette minute-là aurait changé le cours d'une vie, celle du jeune, timide et passionné Adolf Hitler, mais elle aurait aussi changé le cours du monde..."
Critique:
"Alternées tour à tour, défilent en effet sous nos yeux deux vies que tout oppose, en fonction de causes initiales radicalement opposées. D'un côté le clochard, le caporal à la Croix de fer, le dirigeant du parti national-socialiste fan de l'opéra wagnérien Rienzi, le dictateur misanthrope dément dont le romancier développe une biographie dûment renseignée. De l'autre, Adolf H., jeune homme soigné par Freud pour ses troubles, peintre de l'école surréaliste du légendaire Montparnasse parisien, ardent défenseur du sionisme…
On passe d'un Adolf à son double comme on verse du rire aux larmes, du sérieux à la plaisanterie, de la paix à la guerre (à noter : une belle symétrie croisée lors des descriptions des ravages de la guerre de 14-18). Au carrefour de ces trajectoires où se rejoignent comédie et tragédie, l'écrivain laisse place à de seyantes définitions philosophiques (pays/nation ; amour/amitié ; égoïsme/égocentrisme) qui éclairent dialectiquement la part d'ombre abritée par le cœur humain. En vérité, qu'elle soit "maudite" ou divine, savoir admettre "la part de l'autre" dans la constitution de l'image ou du destin de chacun, c'est toujours privilégier l'ouverture du dialogue par essence démocratique sur le repli du monologue totalitaire. Une leçon que l'humanité (hélas ? tant mieux ?) n'a pas fini de méditer."
- "La part de l'autre évoque le double qui est en chacun de nous, notre part d'ombre et de mort. Habilement, Eric- Emmanuel Schmitt ne lève pas l'ambiguïté. S'agit-il d'un même personnage qui se dédouble, ou de deux personnages, portant le même nom et ayant deux vies bien distinctes - l'un entrant politique ; l'autre devenant peintre et assistant à l'ascension de son homonyme... (...) Je le répète, La part de l'autre parle à chacun d'entre nous."
Magazine littéraire
Critique personnelle :
C'est un des meilleurs livre qu'il m'a été donné de lire. On pourrait croire à un livre barbant, nous retraçant nos cours d'histoire et rabâchant qu'Hitler c'est le mal. Mais non. Hitler devient pour la première fois (dans mon cas) un homme, et non plus un mythe, ni un diable. Ce livre humanise celui qui a provoqué millions de morts. Et c'est troublant. Schmitt nous met face à la réalité qui est que, oui, des gens comme Hitler sont des hommes, comme nous, ils ont leurs petites manies, leurs petites peurs etc. Basée sur de solide base historique, la partie, la "part' d'Hitler est constructive, objective et porte vraiment à réflexion.
Adolf H., l'"autre", représente Hitler admis aux beaux arts. Déjà, combien savaient qu'il avait comme vocation d'entrer aux beaux arts ? Pas moi en tous cas. Le livre retrace donc aussi le parcours de cet Hitler imaginaire qui devient donc Adolf et qui peint, nous fait découvrir des artistes, un oeil sur la Guerre et des moments de grands plaisirs littéraires. Sincèrement, ce livre est A LIRE ! Il n'est pas barbant, il se lit facilement, il nous plonge dans l'histoire, nous apprend donc des choses et nous fait réfléchir, allez au-delà des apparence de ce livre et mettez vous-y, ça vaut le coup !
( Je suis en E.S, je ne suis pas une de ses fan de Rimbaud qui connaissent poèmes sur poèmes (ah.ah.ah!!) et j'AIME vraiment ce livre. De plus, tous ceux qui l'ont lu autour de moi ont approuvé mon opinion. Certifié de qualité donc. petit ps : je devrais me lancer dans la pub je crois, ou alors me faire payer par l'auteur pour tous les compliments. A voir)
Extraits :
"D'abord il se fait désirer.
Il donne un rendez-vous. Toujours loin dans le temps. Toujours incertain. Car, pour se rendre précieux, il a fait courir la rumeur que ses nombreuses responsabilités le contraignent parfois d'annuler. C'est faux mais qui le sait ? Du coup, ce n'est plus Hitler qui attend la foule mais la foule qui attend Hitler. Qui l'espère.
Le jour dit, il met en scène son apparition. Il exige que le lieu de réunion quel qu'il soit, ait perdu son aspect ordinaire ; des drapeaux, des bannières, des rangées de chaises, des pyramides de tribunes, des haut-parleurs, des projecteurs lui ont ôté son aspect habituel ; la foule entre dans un quotidien métamorphosé, embelli, ré enchanté. Ensuite, il se fait attendre. Il organise avec précision son retard. Il a calculé le temps exact nécessaire à une foule pour devenir tendue, impatiente, sans être bafouée ni furieuse. Il sait alors entrer rapidement et bondir sur la tribune elle une solution.
Il bouge vite. Ses gestes sont précis, nerveux. Il sait qu'il doit surprendre par son énergie. La foule ne le connaît que par ses effigies, ses photographies lentes et silencieuses, élaborées avec son ami Hoffmann, qui le font paraître noble et pensif. Maintenant, il doit, en quelques secondes, montrer les qualités opposées. C'est à ce prix-là qu'on fascine, à ce prix-là qu'on est une star. Il le sait, il a étudié les vedettes de cinéma. Seule la cohabitation des extrêmes dans une même personne entretient l'appétit de la foule. Greta Garbo règne sur le monde car sa beauté hautaine, polie, digne d'une statue antique, est contredite par ses gestes embarrassés de femme trop grande qui a honte de dominer, ces pas de danseuse maladroite qui va tomber, ses regards émus d'être trop sensible, sa nuque d'oiseau blessé. Hitler travaille dans les même zones de contraste : après avoir imposé l'image d'un visionnaire calme aux yeux d'azur, au physique alangui, perdu dans des rêveries sublimes, il va monter, en char et on os, une énergie coupante, mordante, virtuose, fébrile donnant l'idée qu'une invincible force le dépasse lui-même.
Il est là. Il fait face à la foule. Ce ne sont encore que les préliminaires.
La foule est une femme ; la femme est longue à venir ; Hitler est un grand amant parce qu'il est encore plus lent qu'elle. Dès le départ, il livre des arguments, des idées, mais il donne peu. Il traîne. Il retient. Il veut créer l'envie dans la foule. Il veut qu'elle s'ouvre. Il garde ses assauts pour plus tard. Par contre, lorsqu'il s'échauffera, il sera fort, bandant, inépuisable. En amour, on appelle ça un étalon ; en politique, un démagogue. "
N'hésitez pas.
J'en profite pour dire que ce blog est une véritable mine d'or, merci.
Exit.
Lundi 26 novembre 2007 à 21:42
Publié par un-peu-de-lecture
